Les Easter Eggs dans les vinyles

Découverte

Découvrez de petites surprises cachées dans vos vinyles préférés! 

LES EASTER EGGS DANS LES VINYLES

Le vinyle, en plus d’être notre support de cœur pour nos albums préférés, est également un objet, voire une œuvre d’art à part entière. Cette manifestation artistique peut émerger de diverses manières. Par la pochette bien sûr, ou l’artiste qui la réalise. Souvenez- vous de la braguette d’Andy Warhol pour le Sticky fingers des Rolling Stones par exemple. Ou certaines œuvres de Banksy ornant des pochettes de Royksopp, Roots Manuva ou Onecut.

Les exemples sont multiples et le milieu musical a toujours entretenu une certaine porosité avec le milieu de l’art. Toutefois les œuvres qui nous intéressent aujourd’hui sont tout autres. Nous allons vous parler de ces multitudes de détails cachés sur les pochettes ou les vinyles eux-mêmes, ces fameux « Easter eggs » (« les œufs de Pâques ») que les fans se font un plaisir de dénicher et de décrypter. Ces petits détails que les artistes ont dissimulés dans leurs albums prennent de nombreuses formes et sont bien souvent invisibles pour l’œil du profane. 

Nous allons vous faire découvrir quelques méthodes utilisées par les artistes pour faire passer un message ou cacher de petites surprises qui rendent le vinyle unique.

THE BEATLES : ABBEY ROAD

Faisons une petite rétrospective, à partir de quand les artistes ont-ils implémenté ce genre de pratiques ? Un des premiers et plus connus “easter eggs” est sur Abbey Road des Beatles sorti en 1969, leur tout dernier d’ailleurs. La pochette est sûrement une des plus célèbres mais ce n’est pas sur celle-ci que nous allons nous pencher. Prenons 5 minutes pour ressortir ce classique parmi les classiques et écouter le titre Her Majesty, dernier nom sur la tracklist du LP original. Vous remarquerez qu’à la fin du titre 14 secondes se passent sans aucun son, c’est après ce silence que commence The End, notre fameuse chanson cachée qui dure 23 secondes. On considère que c’est une première pour l’époque de volontairement enregistrer une piste supplémentaire sans l’indiquer explicitement. 

 

METALLICA S&M 2

Quand Metallica s’associe avec un orchestre pour un album live, on peut être surpris. Bien que le projet soit réussi, le contraste entre le monde de la musique classique et celui du metal a dû en faire parler plus d’un. Avant de vous en dire plus, sachez juste que l’illustration de l’album est un violon fissuré.

Le groupe, raccord avec le concept du projet, a choisi d’ajouter une inscription avant le centre du disque, dans le run groove où l’on trouve les numéros de matrices :  “If a cello breaks during a Metallica concert, would it make a sound?” qui si l’on traduit signifie « si un violon se casse pendant un concert de Metallica, est-ce que cela ferait un son ? », c’est un clin d’œil sympathique qui insiste sur cette occasion atypique de mélange de styles.    



DAFT PUNK : RANDOM ACCESS MEMORIES

En février dernier, nous avons tous appris avec surprise la séparation du mythique duo électro français. Profitons-en alors pour nous remémorer leur dernier projet :  RAM (Randon Access Memory). Ils nous avaient livré cet album ambitieux aux légendaires collaborations, un LP classe, fouillé, extrêmement bien enregistré et produit.

Les français prouvent une fois de plus à quel point leur processus de création peut être soigné. Pas seulement dans le cadre de l’enregistrement, de la production et des bonnes idées mais cela va jusqu’au pressage du vinyle où ils glissent un petit message. En effet on peut trouver sur le run groove des inscriptions telles que :

“IF LOVE IS THE ANSWER THEN YOU'RE HOME”, cette phrase est en fait tirée de Touch, un titre de l’album. Elle devient vite mythique parmi les fans du fait qu’elle soit gravée sur le disque et elle sera reprise massivement par les internautes lors de la séparation du groupe.

BEACH HOUSE : BLOOM

Souvent considéré comme leur meilleur album, Bloom (2012) du groupe indie pop se termine par un loop joué en boucle après la deuxième chanson sur la face D. C’est ce qu’on appelle dans le jargon un « locked groove ». En fait, pour écouter le titre suivant, il faut lever le bras et l’avancer légèrement. On accède ainsi à la prochaine piste. Il faudra donc être attentif aux sillons pour connaître cette manœuvre, les auditeurs les moins avertis pourraient passer à côté !


 

ARCADE FIRE : THE SUBURBS

L’album The Suburbs (2010) avait séduit au niveau sonore mais aussi pour l’histoire que les titres racontaient. En fait, les textes traitent de la vie en banlieue que certains membres avaient pu appréhender dans leur jeunesse. Pour l’occasion huit pochettes différentes avaient été partagées, toutes mettant en scène une voiture au premier plan et un décor de banlieue résidentielle au second. Ici nous allons plutôt nous intéresser au disque qui contient un “Locked Groove” sur We Used To Wait (en face 3). L’extrait continue indéfiniment sauf si l’auditeur lève le bras et passe à la face suivante.

Ces détails ne sont pas liés à des limitations techniques mais sont voulus par les artistes et créent toutes sortes de questionnements : Est-ce pour faire passer un message précis ? L’ont-ils fait de manière anecdotique ? Est-ce pour imiter une méthode utilisée dans un de leurs disques préférés ? Pourquoi l’ont-ils implémenté à la fin de telle ou telle chanson ? 

TYLER, THE CREATOR : IGOR

Le rappeur propose sur l’édition vinyle de son album Igor une chanson qui s’appelle Boyfriend avec Charlie Wilson. Celle-ci est un bonus et n’est pas trouvable sur les supports CD ou en streaming par exemple. Cela permet de donner de la valeur ajoutée à la version LP à l’heure où il est d’usage d’uniformiser l’expérience de l’auditeur. C’est un choix intéressant qui remet en perspective l’intérêt de « consommer » la musique de plusieurs manières, outre les différences de qualité sonore ou esthétique. On parle ici vraiment de contenu supplémentaire récompensant les acheteurs de vinyles.

PINK FLOYD : THE WALL

The Wall (1979) est un classique du groupe de rock qui s’est vendu à des dizaines de millions d’exemplaires. L’influence qu’a eu cet album est impossible à mesurer tellement elle a été grande. Le projet est conceptuel, le thème est celui de l’isolement et de ses conséquences mentales au travers d’un personnage fictif nommé Pink. Sur le titre Empty Spaces, on entend une conversation si on la lit à l’envers. Quelle idée étrange vous pourriez penser ! Mais en réalité à l’époque il y avait une tendance à rechercher toutes sortes de messages dans les titres qui sortaient. On peut alors entendre "Hello, hunters. Congratulations. You’ve just discovered the secret message. Please send your answer to Old Pink, care of the funny farm, Chalfont", suivi par une voix en arrière qui dit : “Roger! Carolyne is on the phone!” et Roger qui répond avec “Ok”. Le batteur des Pink Floyd a indiqué que c’était du non-sens et que ça ne signifiait rien de particulier mais le doute plane, Roger Waters ne s’est jamais prononcé sur le sujet. C’est dire à quel point tous les détails de ce grand disque ont été peaufinés… ou pas !

 

JACK WHITE : LAZARETTO

   Quand Jack White s’essaie aux easter eggs il ne fait vraiment pas les choses à moitié. Son idée était de créer un objet unique et différent de ce qui s’était fait auparavant, de créer son petit bijou. Lazaretto (2014) regroupe presque toutes les façons de dissimuler du contenu supplémentaire dans un disque. L’artiste a supprimé toutes les limitations possibles en créant son label, Third Man Records, et son usine de pressage. Tout ça dans son chief de Detroit et en essayant de produire de manière la plus écologique possible.

Rentrons donc un peu plus en détail sur cet objet. D’abord la face A se lit à l’envers, c’est-à-dire de l’intérieur vers extérieur. On peut y trouver en fin d’écoute une boucle infinie, vous savez les fameux « locked groove » dont nous avions parlé plus haut, où un extrait est répété encore et encore.

Sur la face, B selon où est positionnée la tête de lecture, le morceau Just One Drink commence par une intro à la guitare électrique ou à la guitare acoustique, c’est donc une version alternative. Mais en fait les deux versions ne font qu’une. Ça vous paraît étrange ? Attendez, ce n’est pas fini ! Sous les étiquettes centrales du LP deux morceaux sont cachés !!! Pour accéder à ces tracks il faut choisir soit une vitesse de 45 tours ou 78 tours par minute. Le délire est même poussé encore plus loin avec un hologramme qui peut être perçu lorsque le disque tourne. On touche ici vraiment à de l’ultra personnalisation.

Et bien évidemment le mix du vinyle est différent de celui du CD ou MP3, preuve que le l’album a été conçu pour ce support en premier lieu.


DAVID BOWIE : BLACKSTAR

Dans l’album post mortem Blackstar de Bowie se trouve une multitude de détails intéressants.

Puisque le disque est paru après la mort de l’artiste, toutes sortes de théories ont fusé, surtout que le Thin White Duke avait prévu de terminer sa discographie de cette manière : on peut réellement parler d’un « album testament ». Il paraît plausible que le fait de proposer un objet aussi élaboré était au cœur de sa démarche artistique. Pour commencer, avec les reflets de la lumière sur un certain angle du disque on peut apercevoir comme une étoile qui se forme. D’autres y voient un oiseau ou un vaisseau spatial. Libre à chacun d’interpréter ce mystérieux détail. Des critiques ont pu se faire entendre à la sortie sur la simplicité de la pochette, arguant que ce n’est qu’une simple étoile. Mais des fans ont posté des photos montrant la pochette du vinyle qui rayonne avec un effet bleuté si elle est exposée à une lumière (noire) ultraviolette. Le but est d’accentuer la « blackstar », thème principal de l’album représentant la finalité, l’obscurité. On peut aussi y voir une constellation en jouant un peu avec la lumière du soleil ; pas si anodine que ça cette étoile Il semblerait également qu’à l’intérieur du gatefold (comprenant sur une face un portrait de Bowie et sur l’autre des étoiles) les deux pans se reflètent entre eux pour percevoir Bowie au cœur des étoiles.

D’autres théories sont discutées par rapport aux images ou aux textes que l’on trouve dans le livret, cependant nous ne saurons jamais si celles-ci sont avérées ou non. C’est aussi ce qui fait la beauté d’une œuvre : elle vit au travers de ceux qui la découvrent et ne reste pas figée, promettant aux fans une sorte de quête de ces fameux easter eggs. 

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